Je commence par un demi-Avignon en 2022, puis un Festival entier avec mon premier show en 2023, puis avec deux spectacles en alternance en 2024 et 2025. Il est temps que je vous raconte comment j’ai chopé le virus, à présent que je me prépare à faire ce festival pour la cinquième fois avec… quatre spectacles. Si je ne reviens pas le mois prochain, c’est que j’aurais explosé en vol.
D’abord, c’est quoi le Festival Off Avignon ? Créé à l’origine dans un esprit de liberté et de dissidence par rapport au Festival In Avignon – jugé institutionnel et bourgeois, le Festival Off Avignon se veut indépendant, populaire et accessible. Mais ça c’était avant, quand le festival ne comptait encore qu’une centaine de spectacles dans quelques 25 lieux. C’est devenu aujourd’hui le plus grand festival de théâtre au monde, avec plus de 1700 spectacles qui drainent 300 000 festivaliers dans 240 salles… ou caves, chapelles, gymnases, garages, arrière-boutiques… Le deal on s’auto-finance, mais on rentabilise sa participation grâce aux représentations achetées, ne tient plus. Pour participer il faut vendre un rein, pour rentabiliser il faut travailler gratis, et pour l’accessibilité, on repassera ! Il y a longtemps que le festival n’enrichit plus que les propriétaires de salles et de logements à louer. Et pourtant, j’y retourne chaque année, la fleur au fusil, tout en sachant que je vais m’épuiser et me ruiner. Serais-je donc maso ?
C’est plutôt que j’ai vite compris que l’intérêt n’est pas, ou du moins plus, économique. Avignon, c’est le bonheur de vivre pendant presque un mois dans un village gaulois qui respire, consomme, pense, suinte théâtre 24 heures sur 24. C’est évoluer avec tes pairs dans une cité transformée en scène géante, avec ses affiches partout, ses parades, ses artistes déguisés, ses personnages loufoques, ses animations à chaque coin de rue. C’est la satisfaction de jouer tous les jours, et pour ma part, devant des salles pleines, parfois avec des standing ovations comme on en vit qu’à Avignon. C’est la chance de croiser, en un même lieu, producteurs, programmateurs et professionnels du spectacle vivant – et pas seulement ceux qui viennent voir tes spectacles. Si dans le milieu, on connaît Catoch’ l’Alsacienne, c’est aussi parce qu’elle est devenue une figure emblématique d’Avignon, à force d’arpenter les rues du Festival Off en coiffe rouge et robe Geht’s In.
Mais pour moi il existe un intérêt encore supérieur, qui tient à la raison pour laquelle je fais ce métier. Lors de vacances en Italie, la logeuse de mon Airbnb s’étonnait : « J’ai toujours entendu dire que les humoristes étaient des gens torturés et tristes dans la vie mais vous alors, vous n’avez vraiment pas le profil ». Et c’est vrai que je suis plutôt d’un tempérament joyeux, positif et avenant. J’estime que rien ne vaut la vraie vie, la scène en est la prolongation et me donne l’occasion de la partager avec le plus grand nombre. Le rire est un vecteur de lien, et créer du lien est ma vocation première. Ce qui représente pour beaucoup d’artistes une tannée à Avignon est pour moi la motivation principale : flyer !
Autrement dit : Prospecter le chaland en abordant les gens dans la rue pour les convaincre de venir voir votre spectacle. Et moi j’aime tellement ça que je serais capable de créer un spectacle juste pour avoir une raison de flyer. Il faut dire que le public d’Avignon est captif, il vient pour ça, et chaque interaction est l’occasion de créer un moment d’échange et de complicité. Dès que le festival s’arrête, les gens retournent dans leur coquille et tu redeviens un potentiel agresseur si d’aventure l’envie te prend d’aborder un passant pour lui offrir un sous-bock, celui-là même qui faisait briller les yeux des festivaliers comme si tu leur offrais des billets de banque – vous l’aurez compris, j’ai testé pour vous !
Est-ce donc la raison pour laquelle tout le monde me dit depuis toujours « Il faut que tu fasses le festival d’Avignon » ? Pas seulement ! C’est aussi que, apparemment, il n’y a JAMAIS eu dans les rues ou sur les scènes d’Avignon, depuis que le festival existe, d’Alsacienne en costume, accent et coiffe. Dès mon premier Avignon, je constate que je comble ce manque. Les festivaliers font la queue pour se prendre en photo avec moi, me demandent de faire des vidéos pour tel ou tel Alsacien qu’ils connaissent, me courent après dans la rue en me parlant en alsacien… Heureusement, je suis une Alsacienne qui parle et comprend l’alsacien sinon j’aurais probablement fini pendue à l’un des grands arbres de la place des Corps Saint.
Le pouvoir de la coiffe alsacienne est tel que je peux même me permettre de faire du flyage passif, juste en me baladant dans la rue et en laissant les gens venir à moi. Entre flyage, rencontres fortuites et personnes qui t’abordent, un parcours de 5 minutes hors festival peut facilement prendre deux heures pendant le festival. Tu ne retrouveras pas forcément pour autant ces gens dans ta salle, mais ça c’est un autre débat. Off Avignon, l’abnégation est de mise et il faut aussi parfois accepter de jouer au petit singe.
N’empêche, continuer à participer au festival d’Avignon est pour moi d’utilité publique et relève de la mission sacrée, car je me rends bien compte que mon spectacle Alsacienne d’Origine Contrôlée fait office de madeleine de Proust pour alsaciophiles, Alsaciens expatriés ou descendants d’Alsaciens. D’ailleurs, cette année, il a été sélectionné pour le dispositif Off les Murs, une extension du festival sur six communes autour d’Avignon qui concerne au maximum 18 spectacles, choisis sur plus de 1700 !!! Il était déjà en short-lit l’an dernier sur une autre commune – comme quoi le bouche-à-oreille, ça prend du temps (surtout quand on a, comme moi, ni diffuseur, ni agent, ni producteur). Donc, on est bien d’accord, je suis obligée de continuer à participer au festival d’Avignon pour assurer ma mission d’alsacianisation du monde, net ?
Alors, pour ceux qui viennent faire un tour au Festival Off Avignon du 4 au 25 juillet 2026, voilà le programme made in Catoch’ : au Théâtre Les étoiles à 13h15 les lundis, le nouveau spectacle Sexe, Karma & Baklava, les jeudis Alsacienne d’Origine Contrôlée (également à Vedène le 8 juillet à 21h) et 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! tous les autres jours. Et à partir du 15 juillet, le spectacle de stand-up en trio Le Grand Rapprochement à l’Atypik Théâtre à 18h10, tous les jours sauf lundi (liens de réservation sur catoch.com). Et surtout, cette année, vous découvrirez en live dans les rues d’Avignon, la nouvelle robe créée par l’atelier La Colombe de Strasbourg, en kelsch alsacien, d’inspiration sixties, avec jupon sexy, pour faire trait d’union entre tous mes spectacles. Alors, vous venez quand ? J’ai ma réserve de bretzels, sous-bocks à bière et coiffes alsaciennes qui n’attend que vous !


