Qu’est-ce qui vous a amené vers les mathématiques, quelqu’un dans la famille ?
Non, mon père était représentant dans les commerces pour des vêtements, et ma mère l’a accompagné dès que j’étais en âge de rester seul. J’étais bon en maths, mais jamais excellent, c’est plutôt le côté ludique que j’aimais comme résoudre des équations, l’algèbre. La fac de maths, c’était plutôt un tri par défaut, et j’ai découvert le métier d’enseignant à travers les cours particuliers que je donnais à partir de la terminale. Enfin ce que j’avais appris à l’école servait à transmettre !
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui par rapport à vos années lycée ?
J’aurais du mal à répondre à titre personnel parce que j’ai la chance d’être dans un super lycée, bien sûr il y a quelques élèves difficiles, mais ça se passe bien, ils sont respectueux, sympas. L’expérience qui m’a le plus servi auprès des élèves, ce sont mes propres souffrances en allemand, parce que les profs étaient méchants. Et c’est vrai qu’on souffre des écrans, surtout dans les petites classes, les élèves ont de plus en plus de mal à se concentrer.
Paradoxalement, ils vous trouvent sur les écrans !
Oui ! (rires) Pour me défendre, je reste un outil parmi d’autres et moi seul sur un écran, je ne sers pas à grand-chose. Si l’élève prend un stylo, une feuille et son écran, ce n’est pas tout à fait la même démarche que l’écran seul.

Comment a démarré votre carrière de prof 2.0 ?
C’est le lancement de mon site en 2003 qui m’a fait connaître des enseignants et au niveau national. Les toutes premières rubriques, c’étaient des biographies de mathématiciens célèbres, Pythagore, Thalès, Archimède, etc. Puis j’ai partagé des cours, c’était pratique pour les élèves absents ou qui n’avaient pas bien suivi, et ils ont été utilisés par des collègues. Actuellement, je suis à 10 000 clics par jour, et cela explique la réussite des vidéos sur YouTube à partir de 2013. Les collègues de maths me connaissaient déjà, ils ont dit aux élèves il y a telle ou telle vidéo sur ma chaîne et ça a été exponentiel jusqu’à atteindre 3 millions d’abonnés début du mois !
Des milliers d’élèves affirment avoir eu leur bac grâce à votre chaîne YouTube. On y trouve 1938 vidéos, quelle était la première et comment fonctionnez-vous ?
La première, c’étaient les inéquations, et je suis le programme : le nouveau programme de 4e pour la rentrée 2027, et les vidéos de septembre 2026 seront envoyées début juillet. Je tiens à dire que moi et mes collègues n’en pouvons plus de la valse des programmes, c’est insupportable. Cela nous empêche d’être performants dans notre domaine. D’un coup, une notion de 4e passe en 3e, cela change tout le temps sans raison et avec des incohérences énormes ! Imaginez au niveau du passage d’une classe à l’autre pour un élève, il va y avoir des doublons et des manques. Alors que quand on maîtrise une notion qu’on a travaillée des années, on est bien meilleur pour l’enseigner et ce n’est pas pour autant qu’on ne va rien faire, on cherche de nouveaux exercices.
Vous travaillez également sur des manuels avec votre fille Florie, comment êtes-vous devenu auteur ?
En fait, j’avais déjà travaillé sur des manuels scolaires et je ne voulais plus en faire car c’est un travail énorme. Or il y avait cette éditrice chez Nathan, Caroline, une ancienne élève à Schuman, hyper sympa et qui a tout fait pour me convaincre de faire des parascolaires. Sauf que cette éditrice a eu une opportunité chez Magnard, et a encore réussi à me convaincre à travailler sur des manuels scolaires ! (rires)

Mais en quoi sont-ils différents des autres livres ?
Déjà, on s’est dit on les fait à deux, et non pas six ou dix personnes, pour que les chapitres soient uniformes. Florie est vraiment douée, elle a de grandes qualités pédagogiques. Une autre condition, c’était que l’on soit libres de construire les chapitres comme ça se passe dans la classe : des exemples d’introduction pour comprendre, le cours clairement posé, les exercices d’application derrière. On a ajouté des savoir-faire et des exercices de base corrigés qui renvoient à la vidéo qui existe déjà, et c’est un vrai plus. Souvent on est obligé d’en écrire beaucoup, là on écrit l’essentiel et si cela ne suffit pas, il y a la vidéo.
Considérez-vous que vous avez une vie de prof normale ?
Ma chaîne me prend une grande part de mon temps, mais je le fais parce que ça me fait plaisir, et dès que ça ne me plaît plus, j’arrête parce que j’ai un salaire de prof. Tous les profs diront qu’ils veulent la réussite de leurs élèves et moi, j’ai la chance d’avoir la réussite au-delà de ma classe, c’est génial ! Même des adultes me remercient, c’est la deuxième année qu’un d’eux m’envoie des bouteilles de vin pour l’avoir aidé dans son projet !
Et qu’en est-il de la popularité ?
Je suis régulièrement reconnu dans la rue, c’est parfois compliqué. Une anecdote, pour un séminaire du rectorat, j’étais dans un lycée avec de grandes baies vitrées, un élève passe et me voit, et finalement ils étaient nombreux collés contre la vitre, l’animatrice ne pouvait plus parler, c’était sympa mais hyper gênant… Régulièrement pendant les vacances, mes filles comptaient combien de gens m’interpellaient. En revanche, rien n’a changé dans mon village ni dans mon lycée, et je n’ai pas envie de plus.



