Depuis des semaines, dès que je fais un tour sur les réseaux sociaux, bon c’est assez rare, seulement toutes les dix minutes, je tombe sur la tronche de Patrick, m’a dit ma voisine l’autre jour un bouquet de fleurs à la main (pas pour moi ce bouquet, j’y ai cru une seconde). Elle a ajouté qu’elle n’en pouvait plus de cette histoire, que depuis l’affaire Pelicot, elle n’avait pas été envahie comme ça. C’est le signe d’une époque, oui, mais dix ans après #metoo que disent ces très nombreux témoignages contre Bruel, contre les agresseurs de femmes ? Que le comportement des hommes est problématique, et ça, on ne s’arrêtera plus de le répéter a affirmé ma voisine.
Cela serait bien d’employer cette phrase « le comportement des hommes est problématique » au passé, mais le chemin est sisyphéen, la montagne est immense. Même si la parole est libérée, la violence, l’abus de pouvoir, les agressions sexuelles continuent, encore et encore. Il serait bien que les hommes prennent vraiment la parole pour en parler, comme Javier Bardem au Festival de Cannes, ça vient mais c’est timide, pour mettre hors d’état de nuire ces grands malades de la puissance. Dans « les » affaires Bruel, utilisons le conditionnel tant que la justice n’a pas fait son travail et même si le pourcentage des condamnations après une plainte pour viol est toujours aussi faible (dans le cas de Bruel comme pour PPDA, il pourrait y avoir sérialité), si les faits sont avérés, Bruel devra croupir en prison… si les faits sont avérés. Il y a un doute. Vraiment ?
Une trentaine de femmes qui ne se connaissent pas, sur des territoires et des années différentes, peuvent-elles mentir au même moment ? « Jamais je n’ai forcé une femme. Jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit. Je ne me suis jamais servi de ma notoriété pour abuser de quiconque et obtenir des relations non consenties ». L’artiste conteste mollement il faut bien dire l’ensemble des faits qui lui sont reprochés par la voix de ses avocats qui sont tellement mal à l’aise et sans argument sur les plateaux de télé qu’ils en viennent à argumenter sur l’âge de Flavie Flament, elle avait 17 ans… Sans blague ? Bruel était un sex friend de Flavie, à 16 ou 17 ans… sans blague…
Je rappelle qu’elle a porté plainte pour viol. Alors, il faut écouter les mots d’Agnès Jaoui qui est tout le contraire d’une complotiste : « Il y a des choses que l’on n’accepte plus, que les femmes acceptaient à une époque. J’entends beaucoup dire : comment ces femmes se réveillent trente ans après ? Il y a encore beaucoup d’incompréhension par rapport à ça, peut-être que l’on ne sait pas que ces femmes sont allées se plaindre à la police et qu’on ne les a pas entendues, ils ne savent pas que souvent ça prend beaucoup de temps de réagir, c’est pour cela que c’est aussi une question de temps, d’époque, de temps personnel pour comprendre un traumatisme, pour accepter que ce n’est pas normal, pour accepter d’en parler à nouveau, pour se rendre compte qu’après vingt ou 30 ans, c’est toujours une douleur.
Tout cela est complexe et je pense que tous ceux qui ne l’ont pas vécu ne se rendent pas compte ». Ce n’est pas une question d’intérêt, car quel est l’intérêt de celles qui attaquent Bruel et qui seront bientôt plus nombreuses que dans un concert au Zénith ? Pas pour l’argent, on ne gagne rien dans ce genre d’affaires, pas pour la notoriété, donnez-moi un nom parmi celles qui accusent PPDA, Miller, Depardieu ou Hulot ? Non, lorsqu’une femme porte plainte contre un homme, célèbre ou pas, elle va vivre ou revivre une épreuve d’une grande violence.
Quant à ceux qui répètent que Flavie a reçu Bruel dans ses émissions et que ça prouve que c’est bon, allez, encore une qui a pensé à sa carrière (regardez bien le regard de la présentatrice), si elle avait dit non, je ne veux pas recevoir Patrick Bruel, il m’a violé quand j’avais 16 ans, qui l’aurait cru à l’époque ? Aujourd’hui, on croit en sa parole et moi j’ai envie de lui offrir des fleurs.


