Julie Estève revient avec une comédie romantique qui, loin d’idéaliser le réel, le saisit de front, dans ses failles comme dans ses élans contraires. Son décor est le nôtre, contemporain, familier, et ses personnages semblent avancer à quelques pas de nous. Louis, au centre du récit, vit en déséquilibre. Marqué par l’absence d’une mère disparue trop tôt, il navigue entre un travail qu’il subit, des soirées qui débordent et une relation qu’il n’habite qu’à moitié. Dans sa vie il esquive plus qu’il ne choisit. Face à lui, Mathilde, sa petite amie, incarne une forme de patience fragile.
Elle aime, répare et pardonne les excès et dérives de Louis. Leur couple tient, mais comme sur un fil, tendu entre attachement et distance. Puis surgit Claire, amour d’adolescence devenue artiste, figure du passé qui revient troubler le présent. Avec elle, quelque chose se rallume chez Louis, une intensité oubliée, mais aussi une illusion, celle de pouvoir recommencer autrement, devenir enfin celui qu’il aurait voulu être. Le roman pourrait suivre une trajectoire attendue, presque rassurante.
Mais Julie Estève, joueuse, déjoue les évidences. Elle s’empare des codes de la romance pour mieux les fissurer. Ici, les retrouvailles ne réparent pas tout, les sentiments vacillent, et l’ivresse, au sens propre comme au figuré, déforme les instants. Attendez-vous aux rendez-vous qui dérapent, aux élans qui se brouillent et aux repères qui glissent. La langue elle-même épouse ce mouvement instable. Elle pulse, s’accélère, se suspend puis repart, toujours incandescente et vivante, drôle aussi. Elle colle aux hésitations, aux emballements, aux ratés.
De cette écriture naît une énergie singulière, presque organique. C’est un livre qui fait du bien car au-delà de l’histoire d’amour qui se joue, Julie Estève capte quelque chose de plus fragile et universel. Dans cette manière que nous avons de chercher un équilibre, même bancal, en nous accrochant à des fragments d’espoir, elle nous livre un texte à la fois drôle et émouvant.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots


