lundi 4 mai 2026
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Robert Herrmann – Le témoin ressource

À sa carrière politique prolifique a succédé un engagement associatif corps et âme : Robert Herrmann, 71 ans, est président de la Ligue contre le dans le Bas-Rhin depuis un an. Lui-même soigné pour un cancer des poumons depuis 2022, cet ancien grand fumeur a marqué le paysage strasbourgeois. Adjoint chargé des sports sous Catherine Trautmann en 1989, puis premier adjoint de Roland Ries en 2008 et président de l’Eurométropole (2014-2020), Robert Herrmann a appris sur le terrain. Quelques jours après une intervention de cryothérapie sur ses ganglions méstatiques et « un petit 6 km le matin pour s’en remettre », il continue de partager ses valeurs de proximité et de parole ouverte pour lutter contre le cancer.

Quel héritage gardez-vous de votre enfance ?

Je suis issu d’une famille nombreuse du milieu populaire, j’ai grandi rue du Jura dans les HLM du quartier blanc à Strasbourg. Une enfance heureuse et des parents aimants, rien de particulier si ce n’est que mon père était capitaine de bateau sur le Rhin, ce qui laisse des traces profondes de solidarité, d’attention. Mon père disait que quand on avait deux chemises, celle de trop était pour quelqu’un dans le besoin, voilà l’état d’esprit de la maison.

Lorsque Catherine Trautmann a été réélue maire, quelle a été votre réaction ?

D’abord un grand plaisir, on se connaît bien. Quand on est élu local, il faut aimer les gens, les comprendre, modérer les expressions et comprendre que les intelligences se partagent assez bien. Moi je fais partie des élus heureux d’en avoir terminé parce que je l’ai décidé. Je n’ai aucun regret, aucun remords, je regarde ça avec beaucoup d’intérêt et ça me passionne.

Pensez-vous avoir vécu pleinement votre carrière politique ?

Ça, c’est autre chose, j’ai certainement des reproches à me faire à moi-même, comme celui de ne pas avoir été suffisamment politique pour me présenter comme tête de liste à la ville de Strasbourg. La question, c’est toujours ce qu’on laisse comme marque, et plusieurs réussites me reviennent : comme adjoint au maire de Strasbourg, c’est d’avoir essayé de mettre en place un process de démocratie locale qui a été relativement apprécié ; comme adjoint aux sports, j’ai beaucoup appris parce qu’on est dans la diversité des populations, dans beaucoup de lieux, on ne parle pas que de sport ; ensuite comme président de l’agglomération, le GCO, le modèle de mobilité qui a donné lieu au Réseau express métropolitain, le lancement des travaux au Racing club de Strasbourg, éradiquer la raffinerie de Reichstett et produire 2 500 emplois, et puis de belles petites choses dans la proximité de ce que vivent les gens, c’est le plus beau. Je précise qu’on ne fait jamais les choses seul !

Le cancer vous permet de regarder avec beaucoup d’acuité les choses, et savoir ce qui a un peu moins d’importance.

Et concernant une carrière politique nationale ?

Je me suis interrogé et j’aime bien ce rapport au réel. La vie politique m’a appris que pour les députés ou sénateurs, pour qui j’ai un grand respect, c’est intéressant quand on est dans le groupe de tête et qu’on participe aux décisions, sinon c’est de la présence pour lever la main. Quand on est adjoint au maire ou président d’agglo, on a de vrais pouvoirs, on peut bouger des choses, on voit la concrétisation.

Vous avez été adjoint aux sports, en avez-vous pratiqué ?

J’étais un piètre sportif, j’ai fait un peu de judo, mais chacun se rappelle que je fumais beaucoup… Mais j’aime ça, et j’avais pris l’engagement d’accepter tout ce que les gens me proposaient : plongée sous-marine, parachute, voltige, plein de choses magnifiques et d’autres qui m’ont moins plu ! (rires)

Vous parlez ouvertement de votre cancer des poumons qui est le deuxième cancer chez les hommes. Comment l’avez-vous décelé ?

J’étais en pleine forme, cela faisait cinq ans que j’avais arrêté de fumer et je me disais, ouf je vais avoir franchi le délai qui me permet d’être moins inquiet ! J’avais un emphysème pour lequel j’étais suivi avec un scan tous les ans. Mon pneumologue a constaté un petit défaut qui s’est avéré être un cancer du poumon à un stade assez avancé. Ça été un choc, mais aussi une chance d’être en forme pour supporter le traitement de cheval. Je ne suis pas sorti d’affaire, mais les nouvelles technologies, l’immunothérapie, la cryothérapie, font que ça va. On me trouve des ganglions métastatiques, or j’ai la chance d’être à Strasbourg et d’avoir accès au service d’imagerie interventionnelle absolument magique des Hôpitaux universitaires, avec un suivi rigoureux de mon oncologue et un environnement favorable qui font que je suis un type plutôt heureux.

Comment êtes-vous arrivé à la Ligue contre le cancer ?

En tant que patient, je n’y ai pas fait appel parce que je n’en avais pas besoin. L’ancien président Gilbert Schneider cherchait quelqu’un avec un carnet d’adresses et je suis tombé amoureux de ce que fait la Ligue, cette approche très humaine, c’est superbe. J’y consacre plus que mon temps bénévole, qui est toujours bénévole, mais ça me plaît. J’essaie de faire avancer cette dame âgée qui mérite beaucoup d’attention et je suis très heureux quand je reçois des lettres avec des petits cœurs, un papa, une maman, un enfant qu’on a soutenus avec une psychologue, ça vaut toutes les heures passées. Ça permet de se réconcilier avec tout, le cancer vous permet de regarder avec beaucoup d’acuité les choses, et savoir ce qui a un peu moins d’importance.

Le président collecte les dons d’actions solidaires sur le terrain. / ©DR
Concrètement, que fait le comité Bas-Rhin ?

J’ai aussi été élu au Conseil national de la Ligue, mais localement, Strasbourg est un cas très particulier car pionnier dans les espaces sans tabac. C’est une grande réussite puisque c’est devenu une loi. Le tabac est la première cause de cancer partout dans le monde, et ces espaces ont été créés pour préserver d’abord les petits, dans les parcs, et se sont élargis. Ensuite, un professeur de chez nous a fondé l’idée des patients-ressource : c’est de la formation dans les universités, pour éviter que des patients se précipitent sur internet et tirent de mauvaises conclusions. La Ligue représente aussi des malades dans les litiges, et nous avons lancé les podcasts où des jeunes racontent leur quotidien, relation amoureuse, envies, bonheurs aussi. Le comité compte plus de 16 000 adhérents, et une soixantaine de bénévoles pour la tenue du standard, les stands, les conférences publiques. Des bénévoles d’un jour vont être formés et également des témoins-ressources qui ont été malades.

Vous-même, vous témoignez publiquement ?

Non, mais j’essaie de montrer qu’on peut avoir un cancer et vivre pleinement, je me lève tôt, je travaille beaucoup, j’ai des activités physiques. Il n’y a pas de raison d’être mis à l’écart, c’est vrai aussi dans les entreprises. Parfois il faut se pousser soi-même et c’est une question d’environnement, il faut qu’il donne envie de se bouger.

En chiffres

Le budget de la Ligue Bas-Rhin s’élève à 3M€, dont une grande partie provient d’Octobre rose, mais aussi d’actions solidaires, de dons, etc.

En 2025, environ 800 000€ ont été consacrés au soutien (aides alimentaires ou de chauffage, enterrements, activités adaptées…), 457 000€ pour la prévention (l’agenda des conseils sanitaires pour les élèves du Grand Est est fabriqué à Strasbourg, une action sur le papillomavirus est prévue pour accélérer les vaccinations…). Le comité du Bas-Rhin a donné directement 1 M€ à la recherche, il est également actif pour le plaidoyer sur l’interdiction des pesticides par exemple.

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