Isabelle et Xavier forment un couple usé jusqu’à la corde. Avec leurs enfants respectifs, Noémie 13 ans et Léon 8 ans, ils partent passer quelques jours dans un hameau perdu au cœur d’une vallée alpine, espérant que le grand air ranimera ce qui s’éteint doucement entre eux. Mauvais calcul, on le sent dès les premières pages, ce séjour ne tiendra aucune de ses promesses. Le père s’entête à vouloir gravir un sommet redouté malgré tous les signaux d’alerte. La mère se laisse séduire par les charmes rustiques d’un artisan local.
Quant au petit garçon, franchement imbuvable, il épuise les nerfs de tout le monde à coups de caprices sans fin. Seule sa demi-sœur observe ce naufrage familial avec une lucidité qui n’appartient qu’à elle, et qui, par moments, serre le cœur. En deux cents pages ciselées, aussi cruelles que drôles, Sophie Divry ne relâche jamais la tension. Elle manie un scalpel social d’une précision redoutable pour disséquer le couple contemporain, sans jamais se contenter du seul mordant. À cette satire familiale, elle mêle un vrai souffle de suspense, presque cinématographique, où les dangers de la montagne épousent ceux, plus intimes, du couple en perdition. La catastrophe qui menace n’est jamais seulement conjugale, elle est aussi profondément écologique.
On referme certaines pages avec un pincement bien réel, comme si ce petit monde fragile nous concernait tous un peu. C’est un roman qu’on dévore, mené avec un aplomb rare et une drôlerie qui ne quitte jamais tout à fait le texte, même quand l’angoisse s’installe sournoisement. C’est là tout le talent de cette autrice. Une vraie réussite de cette rentrée, qui nous oblige à regarder ces sommets qu’on croit gravir pour se dépasser et qui deviennent, finalement, les lieux mêmes où s’effondrent nos illusions de maîtrise.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots



