mercredi 7 octobre 2026
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Senior, j’adore ! (Je ne suis pas vieille, je suis vintage)

Du 5 au 11 octobre aura lieu la 75e édition de la « Semaine Bleue » qui a pour vocation de valoriser les seniors et de renforcer les liens intergénérationnels. Je suis doublement concernée avec 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! : un titre qui trahit mon âge (eh oui, me voilà, moi aussi, sexagénaire) et une thématique qui s’inscrit parfaitement dans cette mission. Le spectacle participera d’ailleurs aux événements alsaciens, puisqu’une représentation est offerte aux seniors par la Communauté de communes de Hanau-La Petite Pierre le mardi 6 octobre à Niedersoultzbach. L’occasion de revenir sur mon expérience auprès des publics dits seniors, dont j’ai tiré quelques enseignements majeurs.

1. Positif, tu resteras !

Vieillir, ça craint ! Personne n’a envie d’aller voir un spectacle qui lui rappelle qu’il est « vieux ». Avec l’âge, le second degré s’émousse, l’autodérision va voir ailleurs, et rien ne révulse plus que d’être défini par son seul âge, d’être réduit à une case, à un préjugé. Il est loin le temps où la semaine bleue s’appelait « la journée des vieillards ». Quand j’ai lancé le spectacle, j’étais encore moi-même une fringante quinquagénaire. En cherchant un titre drôle et piquant à ce voyage des sixties à nos jours, je ne m’attendais pas à tomber dans un tel fossé générationnel : les titres plébiscités par les plus jeunes comme 1965 – Dernier round avant l’Ehpad ou 1965 – De l’âge tendre à l’âge cendre était violemment rejetés par les plus âgés. C’est ainsi que ma première intuition de titre, 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! a fini par s’imposer par son côté joyeux, primesautier et positif.

2. Ton public, tu élargiras !

Ce n’est pas parce qu’on est senior et qu’on parle des seniors qu’on n’intéresse que les seniors. Je pensais vraiment au départ que ce spectacle ne toucherait que les spectateurs de mon âge alors qu’en réalité, il interpelle toutes les générations. J’ai même vu au festival d’Avignon des ados bidonnés au premier rang, alors que la moitié des références leur échappait. Le spectacle bénéficie d’une trend vintage et nostalgique qui attire les jeunes, tout en leur permettant de mieux comprendre leurs aînés. D’ailleurs, au festival d’Avignon, je les attire dans ma salle en promettant de les « réconcilier avec leur daronne ».

3. Le jeune, tu incluras !

Sauf que souvent, ils me répondent « mais moi je m’entends très bien avec ma daronne ». Paf, dans ta face, le fossé générationnel ! Le jeune d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier et son émancipation ne se fait pas forcément en opposition avec ses aînés. Même mon fameux sketch sur la ménopause les amuse et les touche, car ils pensent à leur mère (voire, à leur grand-mère), tandis que celles directement concernées ont plutôt tendance à rire jaune. Le spectacle provoque à la fois, le rire, la discussion, une meilleure compréhension intergénérationnelle et ne marche jamais aussi bien qu’en famille. Ça tombe bien : Le thème de la semaine bleue 2026 est « Relions tous les âges dans des territoires engagés », hopla !

4. À l’époque, tu t’adapteras !

Les aînés eux-mêmes ont bien changé. La perception du spectacle dépend aussi du vécu de chacun. Certaines spectatrices de mon âge ne se reconnaissent pas forcément dans le destin singulier de cette femme née dans les années 60, par accident, élevée à la campagne et éduquée à l’alsacienne, que je raconte sur scène. D’autres, de l’âge de ma mère mais nées à Paris, qui ont vécu mai 68 et cette fameuse libération sexuelle qui n’a pas traversé la ligne bleue des Vosges, se sentent plus proches de moi que du portrait de ma mère. Même que parfois, les confidences de ces super seniors font rougir la jeunette que je suis – parce que oui, on est (presque) toujours le jeune d’un d’autre !

5. L’amalgame, tu éviteras !

En définitive, « les vieux » c’est comme « les jeunes », ça n’existe pas. En entreprise, on devient senior dès 45 ans et dans la société, une génération d’écart suffit pour se prendre un « ok boomer » lapidaire. J’ai même entendu mon ado de 14 ans lancer à son frère de 18 ans « Oh la ref de ieuv, retourne dans ton Ehpad, va ! ». Une des règles d’or des spectacles d’humour consiste d’ailleurs à toujours se mettre au niveau du moins vif : aucun spectateur, jeune ou plus âgé, ne doit être laissé sur le bas-côté de ton spectacle pour avoir trébuché sur un concept que tu as utilisé et qu’il n’a pas compris.

J’ai appris tout ça à la dure. Notamment, grâce à un bide. Monumental (tant qu’à faire). C’était ma première fois en Ehpad et je me suis dit : c’est des personnes âgées, faut pas les bousculer, on va y aller doucement, en leur racontant de jolies histoires. Tout faux ! Ils ont passé leur vie à raconter des histoires à leurs enfants, à leurs petits-enfants, peut-être même à leurs arrière-petits-enfants, ils n’ont plus le time. Ils veulent de l’efficacité. De la bonne blague qui tâche. Au moins toutes les trois phrases. Il faut que ce soit : une phrase, une phrase, un coup de défibrillateur. Ils n’ont plus de filtre non plus. Pendant que tu t’enfonces dans ton set à prouver à ton assemblée à quel point tu n’es pas drôle, y’en a une qui lance à tue-tête « Il est quelle heure ? » ou carrément « C’est quand que ça s’arrête ? ».

La meilleure punch line viendra de cette résidente, toute mignonne, toute gentille, qui, à la fin de mes 20 minutes d’agonie, me donne ce précieux conseil : « Ce qu’il faudrait, c’est dire des choses qui font rire ». Mais c’est bien sûr ! Après ce fiasco, j’étais un peu tendue à la perspective de jouer 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! en après-midi devant un public constitué exclusivement de seniors, lors d’une représentation offerte par le CCAS de Draveil. On ne va pas se mentir, je m’attendais à un public clairsemé, avec la capacité de concentration d’un poisson rouge et une énergie de type encéphalogramme plat. Encore une fois, tout faux ! Je me suis retrouvée devant 150 Draveillois et Draveilloises déchaînés, qui n’avaient rien à envier au public de Taylor Swift ! D’ailleurs, ils ont tellement ri, qu’ils veulent que je revienne l’année prochaine. Finalement, l’âge en soi ne veut rien dire. Un résident en perte d’autonomie et de capacités cognitives, n’a rien à voir avec un retraité gourmand à l’œil qui frise, eut-il le même âge. C’est rester curieux, actif et en bonne santé qui fait la différence. Alors sortons, rions et allons au spectacle, ce monde merveilleux qui abolit les frontières générationnelles et permet à chacun de retrouver son âme d’enfant.

Vous avez plus de 55 ans ? Réservez vos places pour 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! le mardi 6 octobre à 20 heures à Niedersoultzbach au 03 69 17 50 08 ou l.frering@hanau-lapetitepierre.alsace.

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