mardi 1 septembre 2026
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Les grands Bretzels d’or – Claude Vigée, Bretzel d’or 1993

Poète français issu d’une famille juive établie en Alsace depuis plus de trois siècles, Claude Vigée passe son enfance à Bischwiller. On y parlait exclusivement le dialecte alsacien, le français n’était qu’une langue patriotique, la langue du dimanche. Ayant terminé ses études, il est évacué, puis expulsé d’Alsace avec tous les siens à la suite de l’occupation nazie. Étudiant en médecine, il participe à l’organisation de la résistance à Toulouse contre l’occupation hitlérienne et contre le gouvernement de Vichy. André Strauss, son vrai nom, publie ses premiers vers dans la revue résistante Poésie 42 chez Pierre Seghers, à Villeneuve-lès-Avignon, prenant pour pseudo puis pour patronyme Vigée, une variation phonétique de Vie j’ai.

Traqué par la milice de Vichy, il se réfugie aux États-Unis et apprend l’anglais, la langue de l’exil. Il enseigne le français à l’université de Brandeis, près de Boston. Puis, il choisit une autre patrie et une autre langue, Israël et l’hébreu. La vie de Claude Vigée se tend comme un arc entre la double origine réconciliée entre la Basse Alsace et la Haute Judée. Poète, traducteur, essayiste, Claude Vigée a composé pendant cinquante ans une œuvre considérable, empreinte d’une grande spiritualité et d’une grande générosité. Ses travaux ont été récompensés par de nombreux prix littéraires français et étrangers.

En 2008, l’ouvrage Mon heure sur la terre, qui reprend l’intégralité de ses poèmes, est récompensé par le prix Goncourt de la poésie. Sur la scène alsacienne, Claude Vigée participe dans les années 60 au renouveau poétique du dialecte. Il a une place de choix dans le panthéon des poètes disparus, parmi ces Alsaciens bilingues qui pouvaient jongler avec les langues, des gymnastes des mots qui se demanderaient aujourd’hui pourquoi le H a disparu devant Opla. Il regrettait, avec un demi-sourire, qu’une aussi belle langue ne soit plus parlée qu’en secret. Qu’est-il donc arrivé à ma génération d’enfants de Bischwiller ? Sa réponse parait à Jérusalem en 1982 dans Les orties noires, Schwàrzi Sengessle flàckere ém Wind, un Requiem d’Alsace de 700 vers.

Claude Vigée sera distingué du Grand Bretzel d’or de la promotion 1993, remis par le Professeur Raymond Matzen lors de la cérémonie à l’auditorium, diffusée en direct par la télévision régionale le 9 avril 1994. « On n’est Homme au sens universel qu’en étant d’abord Homme du lieu où l’on naît. Sinon, on est homme de paille, fantôme (…) C’est, au fond, un sursaut de vitalité, et un refus d’être balayé. L’Homme a besoin de racines. » Claude Vigée.

Extrait

Le texte Les orties noires, raconté par Dinah Faust, avec Anita Pirmann à l’accordéon et Edouard Bauer au violon, est visible sur YouTube.

vun hitt àb villischt
brüsche n’r éisch némmi schämme
wenn’r dumm un fresch uff de schtroos
e béssel elsässisch bàbble.

à partir d’aujourd’hui peut-être
ne vous fait-on plus honte
quand plein de toupet dans les rues
vous osez entre vous, gaiment,
laisser trotter au vent votre langue natale.

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