mercredi 15 avril 2026
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Paris. Henner, Moreau et le mythe de Salomé

Le meilleur de l’Alsace est aussi à Paris, une partie de son histoire en tout cas. Le musée Jean-Jacques Henner dans le 17e arrondissement propose Salomé. Henner et Moreau face au mythe, une trentaine d’œuvres des deux artistes autour de cette figure féminine envoûtante sont réunies pour la première fois jusqu’au 22 juin.

Salomé n’a cessé de fasciner les artistes depuis la Renaissance. L’artiste de Bernwiller, Jean-Jacques Henner, et Gustave Moreau ont, de manière très différente, interprété le mythe à travers des dessins préparatoires, des croquis et des peintures. Chez Moreau, les différents moments de l’épisode biblique relèvent de l’obsession, ils sont sujets à toutes les fantaisies esthétiques, durant une vingtaine d’années, il a réalisé des dizaines de variations : Salomé, princesse couverte de bijoux, prend place dans des palais richement décorés… Sur certaines peintures, il use de techniques si détaillées qu’on les dirait « tatouées ». Pour Jean-Jacques Henner, la figure de Salomé est un prétexte pour représenter le corps féminin, thème cher à l’artiste durant toute sa carrière.

L’exposition occupe deux espaces du musée Jean Jacques Henner. Une partie est consacrée aux peintures tandis que la seconde est dédiée aux arts graphiques. On retrouve notamment des dessins grands formats de Gustave Moreau ainsi que les carnets de croquis de Henner.

Henner et Moreau dans la même salle du musée. / ©DR
Salomé, support de tous les fantasmes artistiques

Salomé est un personnage secondaire de la Bible. C’est le nom que l’on donne habituellement à la fille d’Hérodias. Elle danse un jour avec tant de grâce devant Hérode Antipas pour son anniversaire que ce prince, dans l’ivresse de sa joie, lui promet sous serment public de lui donner tout ce qu’elle lui demande. Salomé, conseillée par sa mère, demande la tête de Jean Baptiste qui dénonce avec véhémence le remariage, contraire à la loi, d’Hérode Antipas et Hérodiade. Devenue symbole de la féminité dangereuse, support de tous les fantasmes artistiques, Salomé fut donc l’obsession de Moreau, la compagne de maturité de Henner, mais aussi la muse de Flaubert et Mallarmé, l’inspiratrice d’Oscar Wilde et de Richard Strauss. Les Salomé sont partout, sous forme de tableaux, de sculptures, de poèmes, de contes, de pièces de théâtre, de ballets ou d’opéras, en France comme l’étranger.

Au dernier étage du musée, Les Naïades (nymphe aquatique dans la mythologie grecque) de Jean-Jacques Henner. / ©eg

Le Musée National Jean-Jacques Henner

Il est l’un des rares témoignages accessibles de l’architecture privée sous la IIIe République. L’hôtel particulier qui abrite aujourd’hui le musée était la demeure et l’atelier du peintre-décorateur Guillaume Dubufe (1853-1909), figure mondaine de la Plaine Monceau. En 1921, Marie Henner, veuve du neveu de Jean-Jacques Henner, l’achète aux héritiers de Dubufe pour y présenter les œuvres de son oncle par alliance qu’elle souhaite donner à l’État. Le musée ouvre au public en 1924. Cette ancienne demeure au décor éclectique particulièrement soigné dégage encore aujourd’hui une atmosphère particulière. Le jardin d’hiver pourrait témoigner de ces réunions au sommet de l’art, où se croisaient peintres, écrivains, poètes et musiciens… Avec ses escaliers dérobés, ses vieux parquets qui craquent, ses quatre ateliers d’artistes, ce joli hôtel particulier a gardé la trace de ses illustres prédécesseurs et semble résister au temps qui passe. Dédié aux arts et à la création, il propose régulièrement des expositions temporaires, une programmation riche et éclectique (théâtre, lectures, concerts, visites, promenades contées, yoga, etc).

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