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dimanche 25 février 2024
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Jean-Michel Jeudy – L’homme qui aimait les saveurs et les mots

Le sourire de ce globe-trotteur vosgien, emporté par la maladie en janvier, nous manquera. Après avoir fait carrière dans l’hôtellerie, la restauration et l’œnologie à San Francisco, Jean-Michel Jeudy posa ses valises en Alsace pour devenir écrivain et poète.

Président honoraire de la Société des écrivains d’Alsace, de Lorraine et du Territoire de Belfort et sociétaire de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace, il fut dans les années 70 le maître d’hôtel privé de Georges Pompidou au Palais de l’Élysée. Arrivé à San Francisco en 1973 au palace Fairmont Hotel, il a côtoyé deux ambassadeurs prestigieux de la cuisine française aux États-Unis : René Verdon, qui fut chef de cuisine de la Maison-Blanche sous la présidence de John Kennedy et Jacques Pépin, qui fut le chef de cuisine du Général de Gaulle.

J’ai rencontré Jean-Michel Jeudy en 1999, avant de m’envoler pour la Californie. J’avais arrêté ma liste d’une quarantaine d’Alsaciens qui avaient fait leur vie outre-Atlantique et sur lesquels je voulais écrire le livre Un été en Californie qui a paru pour l’an 2000 à La Nuée bleue. Ma toile de liens était tissée lorsque cet homme débonnaire et rempli d’empathie m’indiqua deux autres personnes à ajouter à ma liste. Il me parla d’abord du Révérend Père Etienne Siffert, originaire d’Orschwiller, devenu curé d’une paroisse de pères maristes située sur Bush Street à San Francisco. Son presbytère était le siège de l’Union des Français de l’Étranger. Le Père Siffert en était le secrétaire. Jean-Michel Jeudy en fut le président jusqu’en 1992. Ils restèrent amis à vie.

Françoise Jeudy-Krantz dédicacera le dernier livre le 17 mars au Salon du livre de la Krutenau à Strasbourg. / ©dr

Également maître d’hôtel au restaurant La Bourgogne à San Francisco, alors meilleur établissement de la côte ouest, il devint ensuite directeur et copropriétaire du Restaurant de France. En 1984, il fut le maître d’hôtel principal de François Mitterrand lors de sa visite officielle aux États-Unis. Et puis, il devint directeur de la célèbre Académie culinaire de Californie.

Diplômé de la promotion 1970 de l’école hôtelière de Strasbourg, il fut élu président de l’Association des anciens élèves de l’école lorsqu’il est revenu en Alsace en 1998.

« Je connaissais sa première femme, m’avait précisé le Père Siffert en 1999. Lorsqu’elle est décédée, j’ai fait la messe d’enterrement. Plus tard, Jean-Michel a rencontré Françoise Krantz de La Wantzenau. Ils avaient été étudiants ensemble à l’école hôtelière et se sont retrouvés presque trente ans plus tard. Jean-Michel m’a demandé de venir en juillet 1998 à Strasbourg pour bénir leur union. Je suis donc revenu en Alsace. Avec Jean-Michel, nous sommes retournés chez mon cousin à Orschwiller. Nous y avons mangé une choucroute et dégusté de bons vins. » Jean-Michel Jeudy était un passionné de vins. Il fut maître de cave et manager au restaurant Chez Michel à San Francisco. En 1986, il avait terminé quatrième à la finale nationale à New York du Concours du meilleur Sommelier en vin et spiritueux français.

Les brimbelles de Californie, le premier livre paru à la Nuée Bleue en 2006. / ©dr

Jean-Michel Jeudy me fit aussi rencontrer la Strasbourgeoise Marie-Louise Dany, également issue de l’école hôtelière de Strasbourg. Elle avait fait la Une des journaux américains en 1971 en devenant à 42 ans la première femme aux USA à diriger un grand hôtel, le Drake Wiltshire. Jean-Michel Jeudy l’avait rencontrée à San Francisco en 1973 au palace Fairmont Hotel lorsqu’il y était maître d’hôtel du restaurant gastronomique. Femme de poigne, indépendante, culottée et élégante, elle représentait aux États-Unis la femme qui réussit, féministe tout en restant féminine. Veuve, sans enfants, elle fit un legs important à sa mort en 2001 à l’école hôtelière de Strasbourg. Elle avait désigné Jean-Michel Jeudy comme son exécuteur testamentaire. Son don est à l’origine d’une structure pédagogique, un hôtel d’application nommé Espace Hôtelier Marie-Louise Dany avec deux chambres 3 étoiles, une chambre 4 étoiles, deux salles de travaux pratiques, un espace petit-déjeuner nommé Jean-Michel Jeudy et une salle pour l’apprentissage du travail en réception hôtelière.

Dans nos échanges de courriers, j’ai un jour écrit à Jean-Michel qu’il avait une belle plume et qu’il devrait songer à faire des livres. Il m’appela quelques mois plus tard pour me dire que son premier livre, Les brimbelles de Californie, dans lequel il raconte son itinéraire gourmand, était prêt à paraître. Il souhaitait que j’en sois la marraine. Le lancement eut lieu en février 2006 à la Maison des Tanneurs. Jean-Michel connaissait le restaurant de François Lenhardt depuis l’enfance, car son père, qui fut directeur d’un groupe filature-tissage dans les Vosges, y emmenait manger sa famille lorsqu’il venait à Strasbourg.
À partir de 2006, Jean-Michel n’a cessé d’écrire, de publier des romans comme des recueils de poésie, une quinzaine d’ouvrages souvent réalisés avec sa femme Françoise, photographe, qu’il définissait comme « sa Valentine, son amour premier, sa muse qui écrit avec la lumière et qui l’aide à réaliser leurs enfants de papier ».

Envies, le dernier livre de Jean-Michel Jeudy.
Photos Françoise Jeudy-Krantz / ©dr

Leur dernier opus, Envies, tout juste paru, évoque ce qui faisait le plus vibrer le « Vosgien du Golden Gate » : la beauté de la vie et sa reconnaissance pour elle.

L’info en plus

Françoise Jeudy-Krantz fera des dédicaces du recueil Envies au Salon du livre de la Krutenau à Strasbourg le 17 mars prochain.

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