jeudi 25 avril 2024
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Tsunami de Marc Dugain

Quand le nouveau roman de Marc Dugain nous fait entrer dans la tête d’un président de la République. Bluffant et d’une incroyable justesse. Éditions Albin Michel

Quand la fiction se fait l’écho de la réalité, cela donne un moment de lecture étrange et saisissant. L’auteur nous plonge dans la tête d’un jeune président de la République milliardaire, marié à une journaliste, élu par surprise à la faveur de « l’un de ces hasards que favorise une démocratie essoufflée ».

©isabelle arnoult

Le président décide d’écrire la chronique de ses années Élysée dans une sorte de confession, pour lui, pas pour l’histoire, afin « de retrouver l’homme que ma fonction ne me permet plus d’être, afin que je puisse me confronter à une forme de vérité, sans les accommodements auxquels on cède si facilement. » On le découvre donc, sollicité à chaque seconde, menacé de toutes parts , face à un état du monde qui n’a pas changé et pris dans un insoluble conflit social, généré par une nouvelle fiscalité fondée sur les émissions de CO2, d’un pays en colère, d’une France menacée par le populisme, désabusée, rongée par un « clivage insurmontable entre capital et travail » et plombée par la « rancœur » de ceux qui se sentent exclus.

Avec finesse et intelligence, le romancier offre une plongée fascinante dans les coulisses du pouvoir, retranscrivant avec une solide force romanesque, les turpitudes de la cour élyséenne, de ce petit monde « suranné », plongé dans une ambiance fébrile. Dans le même temps, il esquisse les traits d’une société qui menace de succomber à la violence, dans un pays de plus en plus agité, d’une démocratie en train de se dissoudre broyée par l’asservissement numérique. C’est un livre qui tient le lecteur éveillé, le plongeant au cœur d’enjeux sociétaux qui interrogent, sur cette cassure de plus en plus nette entre le pouvoir et le peuple, sur cette déliquescence de la démocratie qui telle une vague imprévisible pourrait amener à des choses beaucoup plus graves, à une situation qui pourrait déraper. On se prend alors à repenser à 1984, version XXIe siècle, en frissonnant à l’idée même d’un possible et fatal raz de marée.

Isabelle Arnould

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