mercredi 22 mai 2024
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Le retour du Bhoutan, c’est terminé à Obernai

Il y a tant de belles façons de dire au revoir, Louise et Gustave s’aimaient, ils étaient bien à Obernai, mais prendre le large les tentait, simplement, il fallait savoir changer.

Ils organisèrent donc une belle fête d’adieu après avoir vendu leurs meubles, une immense « party » avec plus de 50 amis dans l’appartement déjà vide. Ils partent pour au moins un an, destination le Bhoutan. Au revoir, au revoir, on vous donnera des nouvelles, ou peut-être pas trop, à 7000 m d’altitude pas certain d’avoir du réseau… Grâce à un jumelage universitaire, ils vont donner des cours de littérature comparée sur le Campus du Bonheur de Thimphou. Ils quittent l’Alsace dans 10 jours, dès que leurs visas seront arrivés. Déjà un petit appartement les attend à Trongsa, près du collège Taktsé. Ce matin coup de fil de l’ambassade du Boutan à Paris, il va falloir attendre quelques jours de plus, oui, l’Union européenne a bien des relations diplomatiques avec le Bhoutan, mais pas la France, c’est le Royaume-Uni qui gère pour l’Europe, mais depuis le Brexit, il y a des difficultés.

Il faut suspendre les billets d’avion et s’arranger avec l’agence immobilière. Sans vraiment se concerter, Louise et Gustave, qui ont dit au revoir à tout le monde, décident de ne plus se montrer dans les rues d’Obernai. Deux semaines, trois semaines passent, toujours pas de visa, pour tout le monde ils sont partis, ils sont là-bas. Comme pour ne pas avouer un échec, le couple vit caché dans l’appartement, cela ressemble à un film, ils sont enlisés dans la paranoïa et la désillusion. Subrepticement, une sortie au loin pour faire des provisions. Un soir, c’est le noir, l’agent a coupé l’électricité. « Nous sommes bien arrivés, on vous racontera, c’est formidable », message laconique pour prévenir la famille qui s’inquiète et les amis qui sont curieux.

Le temps ne passe pas, il faut s’organiser, pas de bruit pour les voisins, recharger les téléphones la nuit sur la prise de la cave, inventer une interprétation créatrice de la réalité. Dans l’appartement vide, ils sont devenus des personnages de fiction. Au Bhoutan ! T’es sûr que c’est vrai ? Ils savent aujourd’hui, -cela fait 2 mois- qu’il ne partiront pas, l’envie de sortir devient une belle affabulation. Il n’y a pas de tromperie, l’imagination est devenue leur certitude, Obernai, c’est fini. Encore quelques semaines, puis un nouveau message à la famille et aux amis, « nous sommes rentrés plus tôt que prévu, on ne vous oublie pas, on s’installe maintenant à Colmar ».


 

C’est sûr que c’est vrai, Ambroise Perrin a terminé avec cet épisode « Le retour du Bhoutan » sa série « T’es sûr que c’est vrai ? » qui a permis en une quarantaine d’épisodes un circuit littéraire et touristique dans notre région du sud de Strasbourg. ( Textes qui seront regroupés dans un ouvrage à paraître, « De Vain d’Alsace » Éditions Bourg Blanc ). 

À la rentrée, notre chroniqueur proposera une nouvelle série, « Ce jour-là, j’étais là », l’exploration insolite en Alsace d’un moment précis très particulier décelé dans les grands livres alsatiques. Le lecteur y sera sur place « comme pour de vrai ». Premier épisode, intitulé « le 17 août 1832 », le jour où Victor Hugo vit pour la première fois le Rhin, il rédigera un recueil sur le fleuve qui sera publié dix ans plus tard.

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