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samedi 3 juin 2023
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Frédéric Bierry – Pour le bonheur des Alsaciens

Pour Frédéric Bierry, ce n’est pas un secret, la création du Grand Est est un échec. Après la consultation citoyenne où, début 2022, 92,4 % des participants avaient exprimé leur souhait de voir revivre la région Alsace, la Collectivité européenne d’Alsace a adopté une résolution pour la création d’une région regroupant les compétences régionales et départementales. Cette résolution s’accompagne d’une contribution populaire pour construire l’Alsace de demain. Jusqu’au 15 juillet, les citoyens sont appelés à répondre à cette question : selon vous, comment la future région Alsace peut-elle répondre à vos attentes ? Pour notre invité de la semaine, c’est une manière d’aller dans le sens de l’histoire, de retisser le lien entre élus et habitants et de réparer la République.

Pourquoi faites-vous un lien entre votre désir d’Alsace, la création de la Région à part entière, et la démocratie qui semble plus que jamais en danger ?
Je suis très inquiet quant à la situation de notre république démocratique, l’abstention est de plus en plus importante, on ne peut pas accepter l’affaissement du lien entre l’habitant et ses représentants, c’est un véritable danger pour la démocratie. Je pense que l’on doit retisser ce lien, qu’il faut absolument que l’on soit dans une démarche d’écoute renforcée, c’est pour cela que j’ai fait le tour d’Alsace en 80 jours, pour reconquérir la confiance des citoyens.

Et le fait que l’Alsace ne soit plus une région, ou pas encore une région, participe à cette République qui se décompose ?
Bien sûr. Ce n’est pas l’instance région qui est un problème, mais le périmètre qui n’a pas d’âme, qui est extrêmement grand et qui ne veut rien dire pour les gens. Comment voulez-vous qu’ils s’engagent pour un périmètre qui ne leur parle pas ? La seule façon de resserrer le lien démocratique, c’est que les gens puissent à nouveau s’approprier l’action publique, qu’ils aient le sentiment d’appartenance à un territoire. On ne redonnera pas l’envie de s’impliquer si l’on n’est pas sur des périmètres cohérents.

Des études montrent que le Grand Est est une aberration économique, dans ce que vous dites il y a une forme d’évidence, pourtant l’Alsace de demain, celle que vous imaginez et qui pourrait devenir également un territoire laboratoire —vous l’avez évoqué — n’est pas encore construite. Il reste des étapes importantes, une loi de décentralisation pourrait être mise en œuvre en 2024. Que faut-il pour que l’Alsace redevienne une région, de quoi cela dépend-il ? De qui ? D’Emmanuel Macron ?
Il faut une volonté politique du président de la République, c’est clair, il a évoqué plusieurs fois son objectif d’aller vers une décentralisation plus aboutie. Si le président n’a pas une vraie stratégie de décentralisation de l’action publique, il restera de lui dans la postérité l’image d’un président centralisateur, et je ne pense pas qu’il le souhaite. J’ai la faiblesse de penser qu’il va aller au bout des choses sur le sujet. Je sais qu’il a conscience de la qualité de l’expérience que l’on mène en Alsace. Il a accompagné la démarche pour la création de la CeA, et politiquement, il y a gagné. L’Alsace l’a plutôt bien élu, il a renforcé son assise parlementaire avec une prise de position forte. Je pense qu’aujourd’hui, il a conscience qu’aller plus loin pour les Alsaciens, c’est bénéfique pour lui.

Frédéric Bierry, avec Lara Million et Isabelle Dollinger lors de la conférence de presse du lancement de la contribution citoyenne. / ©eg

Vous avez une formule assez jolie, vous dites qu’Emmanuel Macron pourrait rendre les Alsaciens heureux !
Oui (rire), et je l’ai dit à ses proches collaborateurs. Quand il se lève le matin, il doit se dire «qu’est-ce qui va me tomber dessus», s’il prend une position forte sur le sujet de l’Alsace, il ne se fera pas d’adversaire et oui, le seul risque qu’il prendrait c’est de rendre les habitants heureux. Cela serait une grande victoire, de nature à rebooster la confiance. Je suis très optimiste, beaucoup plus qu’en 2016, lorsque j’ai dit qu’il fallait le retour à l’Alsace. À ce moment-là, les gens étaient d’accord, mais ils souriaient. Aujourd’hui, grâce aux actions que nous avons menées, toute cette démarche est crédibilisée.

Justement, vous venez de lancer une nouvelle action, une grande contribution citoyenne. Vous souhaitez que les Alsaciens s’expriment et vous donnent des idées ? Est-ce bien le rôle des citoyens ? La CeA organise des réunions un peu partout en Alsace (voir encadré), qu’attendez-vous de ces moments d’échange ?
Je pense que, sur des sujets importants, il faut donner aux citoyens la possibilité de s’exprimer, et que ce qui ressort de leur choix soit respecté par les élus. C’est pour cela que, lorsqu’on a fait la consultation où 92 % des Alsaciens ont souhaité que l’Alsace sorte du Grand Est, j’ai dit que mon mandat serait consacré à ce qu’ils m’ont demandé, c’est-à-dire le retour de l’Alsace institutionnelle. Notre projet est assez clair, mais j’ai besoin de savoir ce que les Alsaciens attendent sur un certain nombre de sujets importants à leurs yeux, pour faire évoluer nos politiques publiques. Je pense qu’ils doivent retrouver confiance en la démocratie, et donc leur capacité d’influence. Avant de réfléchir à une politique publique, il faut écouter le terrain. Lorsque j’y suis, j’écoute, je suis une éponge, et je reviens toujours avec des idées nouvelles. J’ai envie de développer l’engagement citoyen.

Une question un peu plus personnelle. À chaque fois que je vous écoute, je sens que vous prenez beaucoup de plaisir à parler, à échanger, cela vient d’où ?
Ah, c’est une bonne question ! D’abord, j’ai eu la chance d’avoir des parents extraordinaires qui donnaient beaucoup aux autres, qui étaient très engagés dans la vie associative, ça tient sans doute à une part d’éducation. Je pense que j’aime les gens tout simplement, et du coup je suis heureux de les écouter et d’échanger avec eux. Si l’on veut faire de la politique, la chose la plus importante, c’est d’aimer les gens, et globalement, ils m’ont beaucoup rendu. Bon, c’est plus compliqué lorsque l’on est président de la CeA. Lorsque j’étais maire, j’avais un gros problème tous les dix jours, maintenant c’est quinze par jour.

Le président de la CeA lors de son tour
d’Alsace en 80 jours. / ©Dr

Cela signifie que vous avez développé votre qualité d’écoute ?
J’essaye (rires). Je me bats avec le temps. Notre collectivité à une grosse responsabilité sur des sujets complexes, protection de l’enfance, handicap, insertion, on a beau tout donner, on est dans l’humain, ce n’est jamais gagné, il faut tout le temps se remettre en question.

C’est ça la politique, la remise en question ?
Oui, et nous n’avons jamais été confrontés à autant de mutations et de transformations de la société qu’en ce moment, cela nous interroge sur nos modes de fonctionnement. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est passionnant.

L’info en plus

Les territoires de la Collectivité européenne d’Alsace donnent rendez-vous aux acteurs locaux et aux habitants pour des réunions dédiées à la grande contribution citoyenne, afin de recueillir leurs propositions, le 21 mai à Molsheim, le 24 mai à Eschau, le 7 juin à Strasbourg. www.alsace.eu

Propos recueillis et rédigés par Éric Genetet

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