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dimanche 25 février 2024
AccueilCHRONIQUESAmbroise PerrinL’Orangerie et le Buerhieselde retour à Molsheim

L’Orangerie et le Buerhiesel
de retour à Molsheim

C’est tout d’abord une histoire de jalousie. Pourquoi pas nous ? Pourquoi à Strasbourg ils ont une orangerie, alors que chez nous, un peu plus au sud à Molsheim, il fait bien plus beau ? Nous sommes en 1894 et l’an prochain se tiendra l’exposition d’Industrie et d’Artisanat devant réunir 1250 exposants dans le parc de l’Orangerie à Strasbourg. Ces messieurs du Comité veulent briller, faire du somptueux, étonner les visiteurs. Ils ont repéré une magnifique maison à colombage, la maison Schwartz, qu’ils aimeraient transporter de Molsheim à Strasbourg pour en faire un restaurant de prestige, le Buerhiesel. Dans le parc il y a une serre abritant 138 orangers confisqués au château de Bouxwiller après la Révolution.

Les édiles de Molsheim proposent un marché, la maison contre les orangers. Ce serait le début de la fortune en instaurant une tradition, celle d’offrir à Noël une orange à tous les enfants alsaciens. L’orange de Noël dans chaque famille ! Et chez les pauvres il n’y aurait rien d’autre. Des années plus tard, on se souviendrait encore de cette merveille pour fustiger les trop pleins de cadeaux aux enfants gâtés ! (Balzac aura la même idée en voulant cultiver des ananas à Paris).

Les oranges Molsheim deviendraient le symbole d’une Alsace audacieuse et florissante. Pour respecter la tradition, on imagina tout de suite la recette du rôti de cigogne à l’orange sur son lit de choucroute, les bredeles ronds en forme de mini orange et le gewurztraminer spritz légèrement coupé au jus d’orange. Il fallait trouver un grand terrain, bien exposé au soleil, tout au sud. Il y avait un bel endroit rue du Château Saint-Jean à l’angle de la rue du Gaentzig. Pour passer l’hiver, on emmitouflerait les orangers dans des serres. On protégerait les racines sous des couches alternées de feuilles et de fumier.

Un accord fut conclu. On connaît la suite de l’histoire, la maison fut effectivement démontée, pierre par pierre et reconstruite dans le parc à Strasbourg. Mais cet hiver-là fut particulièrement rigoureux. Et fatal pour les orangers strasbourgeois. Les édiles de Molsheim inconsolablement lésés décidèrent d’imposer, sans jamais débourser un sou, leur banquet annuel au Buerhiesel. Et promesse leur fut faite de ramener un jour la maison à colombages et de la remonter au bord de la Bruche. Ce sera peut-être en 2025 pour les 130 ans de son premier déménagement.

Ambroise Perrin

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