C’est grâce à mes signes extérieurs d’alsacianité que je suis devenue chroniqueuse pour l’Est de la France dans l’émission de Christine Bravo Douce France il y a plus de vingt ans… au grand dam de certains Alsacos qui auraient préféré une Miss bien lisse avec rien qui dépasse. À l’image de ce qu’ils voient en se regardant dans la glace, j’imagine. Quand je me lance dans le stand-up, mon alsacianité s’impose comme une évidence pour émerger : je deviens Catoch’, la seule humoriste alsacienne expatriée qui continue à parler comme le bec lui a poussé. Je crée Alsacienne d’Origine Contrôlée (AOC), le premier spectacle de stand-up à l’alsacienne qui met la culture et l’humour alsacien à la portée de tous. Après 200 représentations, cinq ans à sillonner la France, quatre Festivals off Avignon… si un Français de l’intérieur vous dit qu’il a croisé une « Alsacienne rigolote » quelque part, il y a de grandes chances que ce soit moi.
Même quand mon excès d’alsacianité pourrait être un handicap, il se retourne en ma faveur. Comme l’année dernière quand je me retrouve, par un concours de circonstances ubuesque dont je vous fais grâce, à auditionner pour la pièce Décal’âge « à condition de savoir jouer sans accent ». Ce qui n’est pas mon cas. J’y vais quand même. L’accent fait partie du package. Me demander de jouer sans accent est aussi absurde que de demander à Isabelle Mergaut de jouer sans son cheveu sur la langue ou à Chantal Ladessou sans sa voix qui traîne. Finalement l’audition se passe si bien que l’auteure fait évoluer le personnage pour qu’il me ressemble : je deviens ainsi la peintre Alice Schneider, fille d’un riche viticulteur alsacien, bobo parisienne qui a mis du sel sur son bretzel en prenant un amant de 20 ans son cadet, qu’elle retrouve 20 ans plus tard devant une bouteille de Gewurztraminer vendanges tardives.
Il est vrai cependant qu’un tel « positionnement » peut devenir un enfermement. Vient un temps où il faut penser à se renouveler. C’est ce que je fais avec mon deuxième spectacle 1965 – Mélo, Dolto, Rétro ! (MDR).
Du moins, c’est ce que je crois faire. Car quand je joue ce spectacle au thème effectivement plus universel et fédérateur, les questions qui fusent à la fin sont toujours les mêmes : Vous êtes vraiment Alsacienne ? Vous venez d’où ? Moi-même… et voilà que mes interlocuteurs tout émus témoignent de leurs liens affectifs avec l’Alsace. Même s’il ne reste que 20% d’alsacitude dans les histoires que je raconte, c’est ce qui touche le plus les gens, d’où qu’ils viennent : l’accent, l’enfance alsacienne, le personnage de Màmme, la confrontation entre une éducation à l’alsacienne et l’éducation à la Dolto… Bien sûr, l’identification et l’effet madeleine de Proust sont encore plus forts auprès de ceux qui sont nés dans les années 60 en Alsace. Mais finalement c’est quoi l’éducation à l’alsacienne sinon l’éducation typique des années 60 ?
Une époque où l’enfant fait partie des meubles, livré sans commande ni préavis. Où on l’élève par devoir, à grand renfort de « parce que c’est comme ça » et autres « parce que tout le monde fait ça ». Où ça ne discute pas, ça ne moufte pas, ça ne répond pas. Où réfléchir, c’était déjà désobéir. Où la vertu suprême est d’être « bien élevé », seule source de valorisation pour la mère comme pour l’enfant. Il y a cependant dans la version alsacienne de l’éducation des années 60 comme un supplément de rudesse. Ce que j’ai réalisé en sollicitant les Alsaciens sur les réseaux pour recueillir les expressions à la « pleure un bon coup, tu pisseras moins » qu’on nous assénait enfant. Jesses Gott, j’étais choquée ! Certaines étaient si lapidaires que je n’oserais les répéter ici. J’ai finalement opté dans mon spectacle pour un petit medley de mignonneries affectueuses à l’alsacienne « Quoi aïe ? Y’a pas d’ail, y’a que des oignons. Pourquoi tu pleures ? T’es pas encore mort ! Et même si on te coupe une jambe, il te reste l’autre ». Un peu de bon sens, ça vaut bien un « je t’aime », non ?
Les Français de l’intérieur pourront prochainement faire l’expérience de cette plongée dans les sixties à la sauce alsacienne à Six-Four-les-Plages, Sète et Avignon pendant le Festival, dont le spectacle fera les beaux jours pour la troisième année consécutive, 5 jours sur 7 ! En attendant, c’est en Alsace, dans le Sundgau, à Dannemarie que vous aurez les réponses à ces questions existentielles : quelle fille, femme, mère devient-on quand on naît en 1965, par accident, loin, bien trop loin de Hollywood ? Quand on émerge d’une faille spatio-temporelle, entre boomer et génération X ? Rendez-vous le samedi 14 mars dans la magnifique salle du Viaduc de Dannemarie avec 1965 – Mélo, Dolto, Rétro (MDR) ! pour un retour en enfance… tout en se rigolant bossu.
Catoch


