On pourrait appeler ça “tourner autour du banc”… qui lui-même tourne autour du tilleul. De ce fait, on peut bien se demander : wie soll mer dann ànnesetzè (où doit-on s’asseoir) ? Uff dè Ààrschbàcke (sur les fesses) ! Je m’y suis donc assise de sorte que le tronc me protège du décoiffant Nordwend (vent du nord) et cette place m’offre une vue imprenable sur les jolies Fàchwarrickhiser (maisons à colombages) du pittoresque village de Hoffen. Le banc surplombe la rue aux hautes bâtisses blanches qui se regardent en miroir. Bien sûr, à chacune sini Gschicht (son histoire), sa famille, sa petite touche personnelle comme la Ladèfàrb (couleur des volets). En ce matin hivernal, sans fleurs ni Firlefrànze (chichis), elles ont l’air encore plus «sœurs». Telles les membres d’un Umzugg in Trààchtè (défilé en costumes alsaciens), elles forment un ensemble cohérent et gracieux, chacune avec pour chapeau son Pfàffehuet (bonnet d’évêque, mitre de cheminée) si singulier, fruit de l’imagination du Dàchdécker (couvreur). On aurait bien envie de poser des barrières, d’Stros zè sperre (de couper la circulation), d’inviter du monde à s’asseoir et ainsi se tenir bien chaud serrés autour de l’arbre. Avec l’image de cette rue pour seul spectacle, nous écouterions le vent s’engouffrer dans les Schlupf (petit couloir entre les murs de deux maisons voisines) et siffler dans les branches dénudées du vieux Lindebaum (tilleul)… qui se prépare paisiblement à vivre un nouveau Freejjohr (printemps).
À m’asseoir sur un banc en Alsace. Sich uff è Bànk ànnesétze…
C’est un banc assez peu couru et pourtant es wüsselt drum erum (ça grouille tout autour), c’est un sacré manège de voitures, bus, camions, cyclistes, piétons...


