Maxi Flash : L’idée d’un podcast est-elle née avec le Mur des Noms ?
Frédérique Neau-Dufour : L’idée vient du fait qu’on a 40000 histoires extraordinaires et uniques, très douloureuses souvent, chacune pourrait faire l’objet d’un roman ou d’un film en soi. Le Mur des Noms est un monument d’histoires individuelles, et en attendant qu’il soit accessible, les gens peuvent entendre ces vies particulières, de manière polyphonique. Le choix de dix parcours a été terrible, mais guidé par des critères de représentativité : dix catégories—les incorporés de force, les Tsiganes, les victimes civiles, les Résistants, etc. des hommes et des femmes, et enfin des Alsaciens et des Mosellans. Il fallait aussi des archives qui sont lues dans le document, et dans la mesure du possible, accompagnées par la parole d’un descendant ou d’une association.
Qui a travaillé sur les podcasts ?
J’ai présidé le conseil scientifique au départ du projet du Mur des noms, puis j’ai passé le relais à Catherine Maurer, professeur à l’université de Strasbourg. Je travaille aujourd’hui à la Région dans une équipe pilotée par Julia Mastero, docteure en histoire. Pour monter les podcasts, nous avons réuni la matière historique et les contacts. Ensuite le travail d’interviews, d’écriture et d’enregistrement a été confié à deux journalistes, Maud Carpentier et Stéphanie Wenger. La musique est originale, les bruitages, les traductions, tout a été créé. Les podcasts sortent au fur et à mesure, les retours sont positifs sur la qualité du contenu des quatre premiers, et aussi extrêmement émouvants de la part des descendants.
Peut-on parler d’un de ces itinéraires de vie, Suzanne Blaise par exemple ?
Suzanne Blaise était une jeune fille originaire de Betschdorf, elle vient d’une famille protestante très pieuse. À l’âge de 17 ans, elle va travailler à Strasbourg, comme aide-soignante à la clinique Bethesda avec les sœurs. Elle était très dévouée. Lors d’un bombardement le 25 septembre 44, plusieurs personnes de la clinique sont tuées, dont la jeune Suzanne. C’est une histoire à la fois simple et terrible, le deuil a été très difficile pour la famille qui a gardé d’elle le souvenir assez pur d’une innocente… Un de ces descendants était très impliqué pour faire revivre sa mémoire et avait beaucoup de documents, des photographies, des lettres. Mais tous les parcours sont beaux…

