Le Val de Villé s’ouvre doucement, comme un paysage que l’on apprivoise. La route serpente jusqu’à Steige, puis s’élève légèrement. Sur une petite colline, un chalet tout de bois posé dans le calme. Une architecture chaleureuse, presque évidente ici, où la montagne dicte sa loi. On gravit quelques marches pour entrer à l’auberge Chez Guth. À l’intérieur, avant même la salle, l’entrée des artistes s’impose comme un seuil symbolique : des portraits de chefs, accrochés avec respect. Les visages de ceux que Yannick Guth appelle ses « papas professionnels » : Gérard Goetz, Marc Haeberlin, Sébastien Sevellec, Emmanuel Renaut et Christophe Schuffenecker. Une filiation assumée, revendiquée, qui dit déjà beaucoup de la maison.

Depuis dix ans, j’ai suivi l’évolution d’Emmanuelle et Yannick Guth, couple de restaurateurs qui a choisi la vallée de Villé comme ligne d’horizon. Dix années à voir une ferme-auberge se transformer en table de destination, un chalet s’affirmer en maison de gastronomie, un projet de vie se construire patiemment, au rythme des saisons, loin des modes et des raccourcis. Les distinctions sont venues progressivement : d’abord repérés en 2017 par le Gault&Millau, puis, en 2025, l’étoile Michelin.

Le 31 mars 2025, à Metz, Yannick Guth monte sur scène et décroche sa première étoile Michelin. Quelques semaines plus tard, la reconnaissance se prolonge dans la région, avec des chefs étoilés du Grand Est, lors de la remise officielle de la plaque Michelin. Une belle consécration pour ce couple qui a bâti sa maison loin des projecteurs.
Été 2015, Yannick Guth revient sur ses terres natales et reprend la ferme-auberge de Manou. Le lieu est profondément transformé :
un chalet contemporain, racé, boisé, ouvert sur la montagne et la forêt environnante. Un refuge élégant, ancré dans son territoire, mais ouvert sur le monde. Emmanuelle Guth, son épouse et associée y insuffle une présence lumineuse, attentive, essentielle.

Hiver 2025, cette identité s’exprime pleinement à travers le menu Altitude 965. Une marche sensorielle à travers le paysage vosgien, un dialogue direct avec la saison.
La variation autour du chou-fleur, travaillée en bavarois, se distingue par sa douceur. Le chocolat blanc polit la texture, la pomme apporte une fraîcheur presque florale. Le végétal s’exprime avec retenue. Le foie gras de canard, accompagné de raisin et de pomme, assume une lecture plus terrienne, généreuse, mais équilibrée, tenue par l’acidité du fruit. Moment emblématique du menu, le homard s’associe au potimarron, au safran et au sapin. Une alliance audacieuse, où l’iode rencontre des notes résineuses, presque mentholées. Le cochon de lait, servi rosé, poursuit cette partition maîtrisée, soutenue par la verdeur du brocoli Bimi et la douceur du coco blanc, relevé d’un jus Apicius. L’île flottante, revisitée autour de la quetsche, de la reine-des-prés et de la sauge, conclut le menu sur une note florale et apaisée.

Avec cette cuisine de montagne contemporaine, Yannick et Emmanuelle Guth affirment une écriture brute dans son inspiration, herbacée dans ses expressions, puissante, mais délicate dans son exécution. Une cuisine de forêt et de relief, portée par une liberté de ton et une évolution constante, désormais pleinement inscrite dans le paysage gastronomique français.
En novembre 2025, cette trajectoire se prolonge encore : Yannick Guth est intronisé membre du club Prosper Montagné Alsace, reconnaissance supplémentaire d’un parcours construit avec patience, fidélité et conviction.

