mardi 27 janvier 2026
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Je suis Romane Monnier de Delphine de Vigan

Dans ce roman, Delphine de Vigan éclaire l’intime à travers l’écran d’un téléphone, révélant ce que nos vies y laissent, à notre insu, de fragile et de précieux. Éditions Gallimard.

Delphine de Vigan sait mieux que quiconque observer les failles de nos sociétés, auscultant nos usages, nos dépendances et nos angles morts. Dans ce texte, le téléphone portable s’impose comme le point d’observation central, révélant la place qu’il a progressivement prise dans nos existences. Objet banal et omniprésent, il concentre désormais l’intime, la mémoire et les multiples facettes de nos identités. L’intrigue s’ouvre sur une situation d’une banalité presque trompeuse. Un matin, Thomas, père célibataire à la vie stable et ordonnée, réalise que le téléphone qu’il a entre les mains n’est pas le sien, mais celui d’une femme entrevue la veille dans un bar. Une simple erreur, croit-on. Pourtant, lorsque Romane lui rend son appareil, elle ne récupère pas le sien. Elle en donne le code et disparaît. À partir de ce geste aussi simple que radical, le récit bascule.

Très vite, Thomas se trouve happé par ce smartphone devenu énigme. Il tente de comprendre qui était cette femme dissimulée derrière l’écran, pleinement conscient qu’il ne s’agit ni d’un jeu ni d’une curiosité anodine. Ce qu’il explore, c’est l’intimité brute d’une autre, ce territoire normalement inviolable où se loge une existence entière. Échanges privés, inquiétudes médicales, habitudes quotidiennes, fragments affectifs reconstituent peu à peu le puzzle d’une vie livrée sans défense. L’autrice avance avec subtilité. La tension du roman naît de ce qui se révèle progressivement, de l’attente, de ce qui échappe et demeure hors champ, tout en ouvrant une réflexion sur la fragilité de nos repères, de la vérité et des identités à l’ère des réseaux.

À l’heure où tout s’enregistre, se partage et s’archive, le roman met à nu notre dépendance numérique avec une grande justesse dans un récit tendu, impossible à lâcher. Et lorsque la lecture s’achève, une question s’impose, vertigineuse et dérangeante: quand nos vies se réduisent à des données, que reste-t-il réellement de nous?

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