Je suis prête à parier que la plupart d’entre vous se sont sentis tout piteux dès le titre de ma chronique. À l’image de nos politiciens, vous avez probablement renoncé à votre programme sitôt énoncé. Vous y aviez pourtant mis du cœur, déclamant vos nobles intentions avec la bravitude d’un chevalier des temps modernes : sus aux kilos en trop, haro sur la cigarette, à moi les haltères, vive la nourriture et la vie saines. Mais quelle idée aussi de faire commencer l’année le lendemain de la Saint Sylvestre, alors qu’on a la tête dans le chou et que les vapeurs d’alcool n’ont même pas encore eu le temps de se dissiper. Un œil par la fenêtre suffit à reléguer aux oubliettes le footing quotidien qu’on avait la ferme intention d’entreprendre.
Et puis qu’est-ce qu’on va faire des restes ? Faut bien se sacrifier, on ne va quand même pas jeter toutes ses victuailles sous prétexte que le frigo s’est transformé en mille-feuille de sucre et de graisse. Quant aux bouteilles entamées, tout le monde sait qu’il faut les terminer au plus vite, ou alors, comme le préconisent certaines influenceuses, les verser dans le bain pour profiter de leurs vertus exfoliantes. Car s’il y a plus grave que de ne pas tenir une résolution, c’est bien de gaspiller de la nourriture, ou pire, du blanc d’Alsace !
Résultat, 1 résolution sur 7 ne survit même pas au 1er de l’an, le tiers résiste une semaine et 90 % ne dépassent pas février. Et vous êtes près de 30% à déprimer de ne pas y arriver. Quelle triste façon de commencer l’année ! Alors, plutôt que de s’autoflageller ou de renoncer à cette tradition que les Babyloniens suivaient déjà, paraît-il, il y a 4 000 ans, j’ai cherché comment transformer cette période de « bonnes résolutions » en expérience positive. Hopla, j’ai trouvé trois pistes pour révolutionner notre début d’année 2026 :
Résistons aux diktats !
Parce qu’une bonne résolution n’est souvent qu’une façon de céder aux normes de la société et qu’à force de « vouloir rentrer dans le moule, on finit par devenir tarte ».
Et si on arrêtait d’en faire toujours plus, toujours plus vite, de remplir nos journées de contraintes jusqu’à en oublier le plaisir de vivre. Et si, pour cette nouvelle année, on se fixait comme challenge non pas d’en faire plus, mais d’en faire moins ? De ralentir plutôt que d’accélérer ?
D’assumer notre spack plutôt que de le conspuer ? De profiter de l’instant présent plutôt que d’ajouter des cases à notre to-do list ? Alors prenons donc comme résolution de nous laisser vivre sans culpabilité pour être heureux comme
« Dieu en Alsace ».
Changeons de timing !
Qu’est-ce qui nous oblige à adopter de bonnes résolutions un 1er janvier, alors qu’on est moralement, physiquement et météorologiquement inapte à les tenir ? Pourquoi choisir la pire des périodes, où tous nos efforts sont sabotés par Capitaine Flemme ?
On n’a qu’à faire comme si l’année commençait, disons, le 1er avril, aux premiers beaux jours, alors que fruits et légumes se mettent à pousser, qu’un timide soleil vient chatouiller nos guibolles et que notre énergie épouse le renouveau printanier. Nos bonnes résolutions couleront de source et si, malgré tout, ça ne marche pas, on pourra toujours prétendre que c’était… un poisson d’avril !
Ma routine à moi, c’est quoi ? Alsacianisation du monde avec pléthore de vidéos entamées par « Salü Bisame », un programme de spectacles bien rodés et l’ambition de faire d’Eichhoffen le prochain village préféré des Français.
Commençons petit !
Il paraît que le secret pour tenir une bonne résolution, c’est de l’ancrer dans une routine déjà existante, de rajouter un petit effort, qui serait un petit pas pour nous, mais un grand pas dans la réalisation de nos résolutions. Ma routine à moi, c’est quoi ? Alsacianisation du monde avec pléthore de vidéos entamées par « Salü Bisame », un programme de spectacles bien rodés (prochaines étapes : le 17 janvier à La Comédie de Grenoble et le 24 janvier à La Comédie de Rennes) et l’ambition de faire d’Eichhoffen le prochain village préféré des Français.
Eh bien, ma façon d’ajouter un pas dans cette mission pourrait être de mettre un peu plus d’alsacien dans mon quotidien. J’ai déjà réussi à généraliser quelques expressions alsaciennes auprès de mes enfants, nés et élevés loin de ma patrie, mais qui parlent néanmoins de « schnützer » quand ils se tachent la bouche, veulent des « schmoutz » quand ils reçoivent anniversaire et disent qu’il a du « dràck am stagè » quand un personnage est louche dans une série télé (et ça, je n’en suis pas peu fière). Eh bien en 2026, j’irai encore plus loin, en demandant systématiquement à tout le monde « ça geht ? », en gueulant « ça tire », en répondant « service » à chaque merci, en souhaitant « gsundheit » autour d’un verre et « a güeter » en mangeant, voire « a besserer » si j’ai du répondant… et on me tient les pouces pour que je puisse le faire le plus souvent possible ! C’est déjà pas mal comme bonne résolution, non ?

