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mercredi 1 février 2023
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Anne-Marie Wimmer – Une vie suffira-t-elle ?

Amoureuse de la littérature, écrivain, biographe des autres, chroniqueuse littéraire, touristique et gastronomique, chevalier des Arts et des Lettres, peintre, animatrice radio, chargée de communication aux éditions Nathan, essayiste d’Agatha Christie, amie des bêtes… Maxi Flash a tenté de relater une partie de l’histoire très riche d’Anne Marie Wimmer, une incroyable personnalité ersteinoise, autour d’une tasse de son thé préféré.

Vous avez parcouru le monde pour finalement revenir à vos origines, pouvez-vous nous parler de vos premiers pas dans la vie, avant vos folles carrières ?
Mon histoire commence rue des remparts à Erstein, je suis fille de boulanger. Enfant, je voulais peindre et écrire, quand j’entendais la radio de ma mère, je voulais être animatrice, quand j’ai rencontré les sœurs, je me voyais devenir missionnaire et parcourir le monde, je voulais tout faire ! J’étouffais à Erstein, j’étais animée par le désir de tout découvrir, ma mère me disait « avec toi, il y a toujours des histoires » parce que j’avais sans cesse des choses à raconter. Plus je grandissais, plus je sentais que j’étais faite pour ailleurs, l’enseignement était mon échappatoire, alors j’ai rapidement rejoint l’école normale pour devenir institutrice. Pendant que certaines filles pleuraient à l’idée d’intégrer l’internat, moi, je rêvais et j’avais d’ores et déjà décidé que je ferais ce que je voudrais de toute façon, l’éducation me permettait de quitter la maison.

Enfant précoce, votre découverte de l’univers professionnel s’est faite très tôt…
À treize ans, j’étais responsable de la bibliothèque municipale d’Erstein, tout le monde était trompé par mon physique et je savais y faire, j’avais l’air d’une fille de 20 ans. Vers mes 15 ans, je suis devenue monitrice de colonie de vacances pour l’Association des Paralysés de France et j’ai rapidement été l’assistante de la directrice de Strasbourg qui m’accordait sa totale confiance. Quelle bénédiction, quand on est un enfant pas comme les autres, de croiser la route d’adultes formidables ! Ils sont nombreux à avoir su me donner ma chance. À mon époque la liberté était si différente, il serait impossible de faire pareil avec un gamin aujourd’hui.

Quand et comment s’est profilée votre destinée dans l’écriture et la peinture ?
À l’école normale, ma différence s’est accentuée. J’étais une espèce de machin à cinq pattes qui ne fonctionnait pas comme les autres, j’étais décidée, mais j’ai pour autant généralement inspiré la sympathie de mes professeurs. Une fois diplômée et majeure, j’ai quitté ma famille et je me suis pris un appartement à Strasbourg, c’était la première étape de ma folle jeunesse. En parallèle de mon travail d’institutrice dans des classes spécialisées pour élèves handicapés, je dévorais au moins un livre par jour et j’écrivais tout le temps, je ne pouvais pas vivre sans. Ce n’était pas forcément voué à la parution, je décrivais ma journée pour donner corps à la réalité, j’immortalisais mes réflexions sur le papier. En parallèle il y avait la peinture. J’ai fait ma première exposition avec d’autres artistes à Sélestat à 17 ans, ma carrière était lancée ! Je peignais, je vendais, j’exposais, j’achetais à mes pairs des toiles géniales des années 70, tel un mécène au salaire d’instit’ ! C’était une vie de bohème, mais ça ne me faisait pas peur.

Après des expositions à travers le monde, vous recevez un jour la visite du patron de FR3 Alsace avant que ça ne devienne Radio France Alsace, il vient pour acheter une toile dans votre atelier et pas que…
Il veut surtout me proposer de venir travailler à la radio les dimanches de juillet parce qu’il cherche de nouvelles voix d’horizons différents. J’en rêvais, alors je n’ai pas hésité. En août, il me propose de rester et de passer aux matinées en semaine, puis à la rentrée de créer l’émission Femmes Femmes Femmes avec Michelle Bur et Michèle Oster. J’ai des toiles à récupérer de mon exposition à Milan, mais je n’irai finalement jamais les chercher car j’investis ce nouveau projet. Si le directeur s’attendait à une morne émission pour la ménagère de 50 ans, c’était loupé. notre trio faisait de formidables reportages, un jour nous parlions planche à voile et le lendemain j’interviewais le professeur Charles-Marie Gros, pionnier dans la sénologie et radiographie mammaire.

En parallèle, vous animiez d’autres rubriques, notamment en cuisine à la télévision, et vous avez croisé la route de Simone Morgenthaler. Mais on vous a fait une nouvelle offre que vous ne pouviez pas refuser, enfin presque ?
Un jour j’accueille au studio une dizaine de chefs étoilés, ils sont accompagnés de Jean-Jacques Nathan, descendant de la célèbre maison d’édition Fernand Nathan. Cette émission a changé mon destin, car peu après, JJ. Nathan m’a invité à Paris pour me proposer de devenir sa directrice des relations publiques. Il m’a dit : « Tout Paris veut ce poste et il est pour vous ». Mais moi, Paris, non merci, j’ai la radio, des émissions TV, etc. Mais le vent tourne, à l’antenne on veut davantage de musique et moins de longues chroniques, alors je décide de rappeler JJ Nathan et lui lance « ça tient toujours ‘votre truc’ ? ». J’ai finalement passé 20 ans à Paris, entre la Maison Nathan, un retour à Radio France et la direction de la communication pour le grand groupe PVC (Publications de la Vie catholique) qui possédait notamment Télérama.

En pleine lancée, votre corps met fin à vos projets.
En 1996, je m’aperçois que quelque chose ne va pas, je ne peux plus peindre, mes mains tremblent. Commence alors une longue errance médicale. On m’annonce que je n’en ai plus pour longtemps, j’ai une forme de myopathie lente des adultes qui me fait perdre progressivement l’usage de mes jambes. Je suis alors obligée de me désintoxiquer de mon travail, je dois me reposer même si j’adore ce que je fais. Vingt-sept ans plus tard, je suis toujours là, je me dévoue à l’écriture. Comme quelqu’un peut me remplacer pour une émission de cuisine, j’ai décidé d’écrire ce que personne ne peut faire à ma place, les épisodes de ma vie. Alors j’ai repris les voyages en douceur, de l’Alsace à la Côte d’Azur en passant par l’île Maurice. Enfant, Erstein était trop petit pour moi, mais je suis finalement de retour pour écrire des histoires d’ici !

L’info en plus

Parmi les « histoires d’ici » dont parle Anne Marie Wimmer, il y a celle de Mado, une héroïne d’Erstein devenue l’un des six Compagnons de la Libération, secrétaire de Jean Moulin, torturée par la Gestapo. L’auteur a consacré toutes ces dernières années à une enquête de longue haleine pour que plus jamais la mémoire de cette incroyable résistante ne tombe dans l’oubli.

Propos recueillis et rédigés par Lucie d’Agosto Dalibot

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